Aux actes, citoyens ! Et vous aussi, hommes politiques!

Alexandre Jardin vient de publier son dernier livre « Laissez-nous faire ! « . Il lance en même temps « L’appel des zèbres » http://lappeldeszebres.wesign.it/fr en titrant : « Aux Actes Citoyens ». Il y a huit mois déjà, dans la revue Personnel, Hervé Sérieyx se réjouissait de constater que l’écrivain reprenait le titre du livre-manifeste que nous avons publié ensemble en 2011 : « Aux actes, citoyens ! De l’indignation à l’action » (http://www.maxima.fr/index-fiche-430-Aux-actes-citoyens-de-l-indignation-a-l-action.html et http://www.jeune-dirigeant.fr/011-533-1-Andre-Yves-Portnoff-Misons-sur-l-innovation-et-les-PME.html ).

Nous y avions décrit les maux dont nous souffrons et les remèdes qui sont, encore, à portée de nos mains, mais que nos élites semblent ignorer, voire, ne pas comprendre. Depuis, en quatre ans nous avons présenté pour les valider les propositions de notre livre à des milliers d’entrepreneurs, de femmes et d’hommes de terrain. La conclusion est claire : d’innombrables initiatives citoyennes naissent dans les entreprises, les écoles, les territoires, mais actuellement, le bénéfice risque d’en être perdu à cause d’un environnement défavorable créé par trop de bureaucratie, de gestion pyramidale hyperhiérarchique, de soucis de rentabilité usurière à court terme, de mépris pour les créatifs, pour les acteurs de terrain, le tout dans une vision macroéconomique et ultra-financière.

Après trente ans au moins d’errements, nous fonçons de plus en plus vite vers des désastres économiques, humains, politiques, sans doute sanglants. Il est plus qu’urgent que les dirigeants, en France, en Europe, se hissent au niveau de leur responsabilité historique, celle d’Hommes d’Etat et non de politiciens jouant au steeple-chase au rythme des échéances électorales.

André-Yves Portnoff

Revue Personnel N°551 – Juillet/Août 2014

POINT DE VUE

« AUX ACTES, CITOYENS ! »

par Hervé Sérieyx

Hervé SérieyxIl faut se réjouir qu’Alexandre Jardin ait choisi le titre d’un livre paru en 2011[1] pour en faire le drapeau bien venu de son mouvement « Bleu, Blanc Zèbre ». L’appel que lançait alors cet ouvrage a été entendu : c’est bien à nous, citoyens, de contribuer directement pour une bonne part à la construction de notre bien commun.

Reconnaissons que la confrontation entre les deux principaux partis de gouvernement qui constituait, jusqu’à maintenant, l’alpha et l’oméga du jeu politique national a pris un vrai coup dans l’aile lors des récentes échéances électorales. Et les sondages semblent montrer que les citoyens font une confiance fort modeste aux personnels de ces organisations pour piloter le pays vers des eaux plus heureuses. Un homme pondéré comme le président du CESE, Jean-Paul Delevoye s’écriait en fin mai 2014 : « La France ne souffre pas d’un excès de politique mais d’un excès de politiciens sans courage et sans vision ! »[2]

Il ne s’agit pas, bien sûr, de verser dans un poujadisme primaire ou un stupide anti-parlementarisme – le jeu démocratique a besoin de ce type de pingpong « gauche-droite » entre deux camps dont on peut espérer que chacun possède une partie des bonnes idées nécessaires au bon fonctionnement de la République- mais l’égal épuisement programmatique de nos duettistes met aujourd’hui en évidence la nécessité pour chacun d’entre nous d’accepter de jouer un rôle actif dans la transformation de la société.

Assurer le bien commun

Sans qu’il soit question de faire le panégyrique de la Big Society de David Cameron ou du « Care » cher à Martine Aubry, il va bien falloir que, face à la montée concomitante de l’impuissance publique et des nouvelles fractures qui apparaissent aujourd’hui (spatiales, professionnelles, numériques, générationnelles, communautaires…), nous nous comportions enfin en citoyens, c’est-à-dire en acteurs politiques de plein exercice. Etre citoyen c’est affirmer que nous sommes, chacun, non seulement en charge de notre destin personnel, voire de celui de nos proches, mais aussi du progrès collectif de notre petit bout de monde, des conditions de vie de ceux qui nous entourent, là où nous vivons. La qualité d’une société dépend d’abord du comportement de ceux qu’elle réunit, de leur dynamisme généreux et de leur capacité à innover pour dépasser leur intérêt personnel. Il ne s’agit pas là d’une vaticination cœur-vaillante mais d’un constat d’évidence : une société qui se réduit à une collection d’individus centrés chacun sur son nombril n’est rapidement plus une société. Nous avions sans doute trop pris l’habitude, en France, de sous-traiter à l’Etat et à ses acteurs politiques et administratifs le soin d’assurer le bien commun.

On n’oublie pas que chaque fois qu’il est question de favoriser de grands changements dans la société, sont concernées décisions politiques pour transformer les systèmes (solidarité, éducation, fiscalité, santé…) et mutations du comportement des acteurs. En tant que citoyens-électeurs, et éventuellement militants engagés, nous pesons sur les grands choix politiques. Mais c’est surtout en tant qu’acteurs de la vie quotidienne qu’il nous est possible d’infléchir le cours des évolutions sociétales. Évoquant l’extrême toxicité du consumérisme, qui nous rend de moins en moins capables de vivre en dehors d’une société définie par les canons du marketing et de plus en plus esclaves des produits et modes que l’on nous impose, le philosophe Bernard Stiegler soulignait voici quatre ans[3] combien l’action personnelle de ceux qui savent résister à ce fatal tropisme et articuler leur action avec celle d’autres « marginaux sécants » peut produire d’effets sociétalement transformateurs, pour peu que l’on sache être « confiant, patient, tenace et combatif. »

Bonne nouvelle : il n’y a pas que les « faiseux » chers à Alexandre Jardin et à son mouvement pour se comporter en citoyens et passer aux actes. La dernière livraison de l’étude « La France bénévole »[4] rappelle que l’engagement bénévole ne cesse d’augmenter en France (de 14 % sur les trois dernières années) et qu’un Français sur quatre est engagé dans une association. Comme le rappelle le professeur Roger Sue[5] «dans l’opinion des Français, les associations sont perçues – juste après la famille – comme la meilleure réponse – la plus efficace et la plus fiable – aux problèmes de la Société. »

Alors ne perdons pas courage. Si en ce moment l’encéphalogramme des deux grands partis de gouvernement semble quelque peu plat, peut-être que l’historien Todorov[6]ne colporte qu’une idée reçue quand il se demande « si après les décennies du totalitarisme nous n’aurions pas nourri un nouveau monstre : un individualisme débridé qui exerce sa domination aux dépens de la société, un chacun pour soi forcené qui nous aurait fait perdre, en France plus qu’ailleurs, notre responsabilité de citoyens ? ». On peut, au contraire, faire l’hypothèse que l’actuelle panne d’idées et de courage de nos représentants politiques a fouetté notre dynamisme citoyen et que nous nous occupons enfin un peu mieux les uns des autres. Une vraie chance pour la République!

Hervé Sérieyx

[1] « Aux actes, citoyens ! » ; André-Yves Portnoff et Hervé Sérieyx ; éditions Maxima ; 2011

2 Le Figaro ; 31 mai 2014, « une insurrection des sans politique »

 [3] STIEGLER Bernard, Editorial de La Lettre du Cadre Territorial, 15 mai 2010. N°401

[4] Cf le Figaro.fr du 29/5/2014 « Les bénévoles sont plus nombreux qu’avant ».

[5] Pour mémoire Roger Sue, sociologue, est professeur à la faculté des sciences humaines et sociales de la Sorbonne, Université Paris Descartes. 
Il a écrit de nombreux ouvrages dont « La Société Civile face au pouvoir » (Ed. sciences-po), « Renouer le lien social. Liberté, égalité, associations » (Odile Jacob), « La richesse des hommes, vers l’économie quaternaire » (Odile Jacob)

[6] Tzvetan Todorov « La tyrannie de l’individu » Le Monde 27 Mars 2011

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A propos andreyvesportnoff

André-Yves Portnoff docteur ès sciences physiques, a été chimiste, chercheur en métallurgiste nucléaire au CEA avant de devenir journaliste à l’Usine nouvelle puis de diriger pendant dix ans Sciences & Technique, revue de prospective technologique. Co-auteur en 1983 du premier rapport français sur l’économie de l’immatériel (La Révolution de l’intelligence ) André-Yves Portnoff est consultant en innovation et conduite du changement, chercheur indépendant en partenariat avec le groupe de prospective Futuribles où il a développé un outil d’autodiagnostic des organisations basé sur les facteurs immatériels. Il enseigne notamment dans le MBA de la HEG de Fribours (Suisse). Avec Futuribles et Hervé Sérieyx (coauteur de Aux actes, citoyens ! Maxima éditeur) http://www.priceminister.com/nav/Livres/kw/andre%20yves%20portnoff Il mène actuellement une campagne pour la ré-industrialisation de la France et le retour de l’Europe à l’économie réelle. « Aux Actes Citoyens – de l’indignation à l’action » Ou comment transformer l’indignation pour qu’elle devienne constructive? Comment des initiatives innovantes peuvent transformer nos sociétés ? Soit, le pari de l’intelligence....des puces, des souris et des hommes Jean Michel Billaut: Connaissez-vous André-Yves Portnoff from Paris ? Aux actes citoyens : les e-pap http://www.dailymotion.com/video/xlmjrd_made-in-france-in-europe-andre-yves-portnoff-aux-actes-citoyens_news La Tribune: http://www.latribune.fr/opinions/20111109trib000662913/reindustrialiser-questions-de-confiance-.html L’Expansion : http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-grosses-entreprises-en-france-empechent-la-croissance-des-pme_264749.html En chanson : http://www.dailymotion.com/video/xjetbe_aux-actes-citoyens_news Commentez: http://fr-fr.facebook.com/pages/Aux-actes-citoyens-De-lindignation-à-laction/14815372191829 et http://www.facebook.com/profile.php?id=719057033&ref=tn_tnmn
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