L’autre scénario…reste possible

L’autre scénario

Cette tribune publiée le 16 mai 2013 par La Croix reste hélas d’actualité. La montée du ras le bol et du populisme s’inscrit dans le premier scénario que j’avais décrit dans Futuribles AVANT de connaître le résultat des élections présidentielles françaises. Il « suffirait » d’un peu de courage et de clairvoyance pour passer au second scénario, celui de notre Renaissance économique, politique, morale. Une urgence!

« La nouvelle équipe entourant le Président français, élu en 2012, n’a pas changé la donne. La foule de mesures prises, tant en France qu’au niveau européen, ne s’est pas attaquée aux racines des maux qui ont plongé le monde dans la crise. Les banques d’affaires et les doctrines ultra-financières ont gardé l’essentiel de leur influence… Des pans entiers d’activité périclitent, ruinant les territoires concernés… Les plans de licenciement se multiplient en Europe. La qualité de vie se dégrade rapidement … Des vagues de mécontentement secouent l’Occident…Des scandales éclatent, éclaboussant partout la classe politique… »

Je décrivais ainsi, à la veille des présidentielles, le scénario qui se déroule sous nos yeux[1]. Il conduit au pire : misère, fascismes de droite et gauche… Or, un autre scénario reste à notre portée.

La majorité des dirigeants politiques et économiques gère la crise par le combien et non le comment ; tailler dans les dépenses impose des souffrances vaines tant que l’on ne dépense pas mieux et ne travaille pas plus intelligemment, en synergie, pour créer plus de valeur pour tous. Ces dirigeants sont dans le déni de deux constats reliés, corroborés par une foule d’études et de témoignages.[2]

– L’emploi est détruit par les grands groupes et créé par la croissance des PME. Celle-ci est entravée (sauf en Allemagne) par de grands groupes hostiles.

– Les hommes sont traités, dans la majorité des grands groupes et administrations, de façon à inhiber talents, initiatives, coopérations : cela ferait dépenser inutilement 30% du coût global de l’administration, évalue Hervé Sérieyx.[3] « La mauvaise qualité des relations de travail constitue le frein le plus massif au dynamisme de l’économie française», écrit Thomas Philippon.[4]  

Le hold-up mental des néo-libéraux, mis en selle par Thatcher, Reagan et Bush(s), a imposé des indicateurs d’efficacité économique de très court terme. D’où un taylorisme méprisant, des pratiques étranglant les fournisseurs, délocalisant, détruisant l’emploi, fragilisant à terme les entreprises ; d’où la dictature du chiffrage, mesurant chaque geste, vidant le travail de son âme. Or cette âme conditionne la création de valeur, même économique, pas toujours à trois mois mais sûrement à 5 ans, 10 ans. Alors, vivre de feux de paille, menant à un embrasement général de la société ?

Ce propos attire l’accusation infamante d’idéalisme irréaliste. Ou la réponse étouffoir : « on est bien d’accord (signe de total désaccord!), mais on n’y peut rien ! ». Des experts à la mode serinent que chômage et activité ne dépendent que de facteurs macro-économiques, déresponsabilisant ainsi les acteurs. C’est faux. Hervé Séryiex et moi-même crions casse-cou depuis le début de la dérive néo-libérale.[5] Aux aveugles nous opposons les faits : d’innombrables entreprises grandes et petites réussissent dans la durée aux États-Unis, en Europe, souvent familiales, souvent proches du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants). Leurs leviers ? Trois principes simples : vision de long terme ; empathie et respect de la dignité des autres ; loyauté permettant de construire un réseau durable de collaborations internes et externes, d’où force et résilience.

Deux séries d’actions sont incontournables pour basculer du scénario de déclin à celui de renaissance.

– Les aides à la recherche et à l’innovation, depuis des décennies accaparées par de vieux grands groupes réticents à innover, doivent être massivement transférées aux PME innovantes pour étayer leur croissance. Un quart des marchés publics, après simplification des procédures, doit être réservé aux PME indépendantes. C’est le cas, depuis 60 ans, aux États-Unis. Cela ne coûterait rien au contribuable mais nécessite le courage de heurter des intérêts particuliers. Déception : le dernier rapport sur l’innovation n’en dit mot.

– L’État employeur doit donner l’exemple aux entreprises. Qu’il lance la détaylorisation du secteur public et des grandes entreprises dépendant de lui. Slogan : « compétitifs par le bien-être au travail ». Nous l’avons constaté, la majorité des fonctionnaires est prête à s’engager si on redonne du sens à leur travail. Il y a pour cela des méthodes, comme l’application participative des outils du type analyse de la valeur,[6] trop méconnus en France. Encore faut-il une volonté, clairement expliquée, au sommet des directions et de l’État.

En quelques mois, le changement peut s’amorcer. A chaque citoyen de passer aux actes là où il vit et agit. Cela ne dispense pas la classe dirigeante d’en faire autant.

André-Yves Portnoff

 


[1] Futuribles n°385, mai 2012.

[2] A-Y Portnoff, La malédiction du paradigme spécieux. Futuribles n°394, mai 2013.

[3] H. Sérieyx. Revue RH&M n°47, octobre 2012.

[4] T. Philippon. Le capitalisme d’héritiers. La crise française du travail. Paris : Seuil, 2007.

[5] H. Sérieyx et A-Y Portnoff, Aux actes, citoyens ! De l’indignation à l’action. Maxima 2011

[6] Olaf de Hemmer , Hugues Poissonier, sous la direction de , Valeur(s) et management.  Des méthodes pour plus de valeur(s) dans le management. Éditions EMS. Avril 2013.

 

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A propos andreyvesportnoff

André-Yves Portnoff docteur ès sciences physiques, a été chimiste, chercheur en métallurgiste nucléaire au CEA avant de devenir journaliste à l’Usine nouvelle puis de diriger pendant dix ans Sciences & Technique, revue de prospective technologique. Co-auteur en 1983 du premier rapport français sur l’économie de l’immatériel (La Révolution de l’intelligence ) André-Yves Portnoff est consultant en innovation et conduite du changement, chercheur indépendant en partenariat avec le groupe de prospective Futuribles où il a développé un outil d’autodiagnostic des organisations basé sur les facteurs immatériels. Il enseigne notamment dans le MBA de la HEG de Fribours (Suisse). Avec Futuribles et Hervé Sérieyx (coauteur de Aux actes, citoyens ! Maxima éditeur) http://www.priceminister.com/nav/Livres/kw/andre%20yves%20portnoff Il mène actuellement une campagne pour la ré-industrialisation de la France et le retour de l’Europe à l’économie réelle. « Aux Actes Citoyens – de l’indignation à l’action » Ou comment transformer l’indignation pour qu’elle devienne constructive? Comment des initiatives innovantes peuvent transformer nos sociétés ? Soit, le pari de l’intelligence....des puces, des souris et des hommes Jean Michel Billaut: Connaissez-vous André-Yves Portnoff from Paris ? Aux actes citoyens : les e-pap http://www.dailymotion.com/video/xlmjrd_made-in-france-in-europe-andre-yves-portnoff-aux-actes-citoyens_news La Tribune: http://www.latribune.fr/opinions/20111109trib000662913/reindustrialiser-questions-de-confiance-.html L’Expansion : http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-grosses-entreprises-en-france-empechent-la-croissance-des-pme_264749.html En chanson : http://www.dailymotion.com/video/xjetbe_aux-actes-citoyens_news Commentez: http://fr-fr.facebook.com/pages/Aux-actes-citoyens-De-lindignation-à-laction/14815372191829 et http://www.facebook.com/profile.php?id=719057033&ref=tn_tnmn
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