Pour un ombusman SOS innovation

On se souvient du témoignage du Professeur Jacques Lewiner en 2007 aux Entretiens de Margaux co-organisés par Oséo et la région Aquitaine. Alain Rousset s’était beaucoup impliqué: « Jacques Lewiner a effectué une démonstration consternante : tel chercheur courageux désirant créer une entreprise pour exploiter un portefeuille de brevets avait besoin, en avril 2005, des signatures de trois organismes publiques et les attendait encore en septembre 2007, alors que la moitié des brevets étaient dépassés. Occasion gâchée. Pour intervenir à temps dans des blocages comme celui-là, pour saisir des opportunités, faut-il un ombudsman (médiateur) de l’innovation n’ayant de compte à rendre qu’au Premier ministre ou au Président ? »

Oui, il faut un ombusman, une cellule de crise capable de se saisir des urgences comme celle décrite plus haut, comme celle de la vente dans l’indifférence des prétendus veilleurs de l’intelligence économique d’une perle comme Ilog ou de l’entrée de capitaux chinois dans l’une des rares start-up françaises de l’électronique en train d’acquérir un poids mondial.

Mais cela doit rentrer dans un cadre plus large, celui d’une politique industrielle dotée d’une vision stratégique et appliquée par tous les rouages de l’Etat en bonne entente stratégique, ce qui signifierait la fin des silos hostiles actuels. Hervé Sérieyx et moi avons esquissé cela dans Aux actes, citoyens! Le nouveau gouvernement aura-t-il à la fois la clairvoyance et le courage d’aller dans ce sens? je l’espère.

Je reproduis ci-dessous un texte écrit en mai 2007 et approuvé par bien des amis. est-il encore d’actualité? A vous d’en juger!

Quelques idées pour mettre en place une réelle politique industrielle française

1 les moyens d’une vision

Création d’une structure de veille prospective

Il y a de nombreuses cellules dispersées dans les ministères et les administrations, sans collaborations véritables ni synthèse.

Il faut que la présidence et le gouvernement disposent d’un outil de construction d’une vision, de mise à jour régulière de celle-ci et d’alerte. Cette structure est une cellule pluridisciplinaire capable de piloter des actions prospective, d’effectuer la synthèse des travaux de veille plus spécifiques menés à d’autres nivaux, nationaux et régionaux,  d’interagir avec les autres « veilleurs ».

Cette cellule a une fonction d’alerte auprès de la Présidence et de Matignon.

2 les moyens d’une politique cohérente

Actuellement la présidence, les ministères et l’administration des finances ont des politiques et des actions souvent contradictoires (priorité aux grands groupes ou pari sur les PME ? freins de Bercy)  notamment en matière d’innovation.

Le Président affirmera solennellement et rappellera périodiquement

–       que toutes les erreurs sont pardonnables sauf celle de refuser de coopérer et que tous les ministres comme toutes les administrations sont solidaires.

–       que l’expérimentation, la prise de risques, l’expression de sa différence sont non seulement des droits mais des devoirs dans une optique de subsidiarité et d’autonomie, mais que le temps des luttes intestines et des chasses gardées est clos.

–       Que chaque structure doit justifier son existence par une contribution à la création collective de valeur, charge à elle de se réinventer une mission innovante si l’ancienne n’est plus utile.

C’est la mise hors la loi des comportements de défense de féodalités.

Un comité stratégique interministériel veillera à la cohérence des actions en politique industrielle et en innovation sous la responsabilité du Premier Ministre qui sanctionnera les éventuelles entraves aux collaborations entre ministères et ou administration.

Un secrétariat permanent

–       détectera les problèmes d’incohérence et de refus de coopération et préparera leur examen et leurs résolutions par le comité interministériel.

–       Coordonnera les représentations de l’Etat-actionnaire en liaison avec les régions pour préserver la cohérence d’action en liaison avec la cellule d’évaluation prévue en 3-a ci-dessous.

3 Un ministère de l’entreprise intégrant commerce et industrie

Le développement du pays implique des coopérations entre acteurs de l’amont (production) et de l’aval (distribution). C’est l’une des conditions de la compétitivité et de la relocalisation des activités donc de l’emploi. La division entre industrie, PME, commerce n’est plus pertinente. Le ministère doit être indépendant des finances car la logique financière ne doit pas prévaloir sur une vision plus large de long terme..

Une coopération très forte est aussi nécessaire avec la recherche (séparée de l’Education nationale) et les autres ministères à dimensions techniques (équipement, transport, environnement…)

 

La verticalité des administrations isolées en silos est une catastrophe qui doit être combattue par une volonté politique, une formation et aussi par un système informatique décloisonnant les administrations.

a-Des outils d’action :

Une cellule de veille prospective commune avec le ministère de la recherche

Cette cellule interagissant avec les « veilleurs » sectoriels, régionaux, privés et à l’étranger (réseaux enfin dialoguant des postes scientifiques et économiques à l’étranger)

–       évitera de lancer des études lourdes,

–       s’appuiera sur les rapports parlementaires et autres, vérifiant que leurs conclusions essentielles ont été perçues par les centres de décision politiques et économique, provoquera des interactions entre acteurs publics et privés, lancera des alertes,

–       dressera une liste limitée constamment mise à jour de questions clefs (par exemple, problèmes d’identification en ligne des personnes, d’open source, de blocages d’innovation par des réglementations, de « neutralité » d’Internet, de sous-capitalisation de start-up, de non exploitation de résultats stratégique de la recherche française, de risque de perte de compétences ou capacités clefs…) Il ne s’agit pas de refaire l’encyclopédie comme certaines opérations actuelles, mais de dégager des tendances structurantes et des critères d’importance stratégique.

Une cellule d’évaluation des acteurs, travaillant à côté et avec la cellule de veille stratégique, mettra à jour un tableau des acteurs principaux français et européens, grands groupes ou start-up, dont les capitaux immatériels seront analysés (résultats confidentiels mais communiqués aux entreprises et aux régions concernées) pour identifier les points de fragilité du tissu industriel et les opportunités de développement à saisir.

Une structure d’intervention rapide hors programmation

Des actions doivent pouvoir être déclenchées et financées à tout moment en fonction des opportunités et des dangers qui ne peuvent être tous prévus et planifiés. La vitesse est un atout essentiel à l’heure des interactions planétaires, le lenteur de décision est un défaut majeur du dispositif français et européen.

 

b-Des modifications de l’écosystème des entreprises

Il s’agit d’atteindre trois objectifs :

faciliter les initiatives par des simplifications administratives réelles,

-aider le renouvellement du tissu industriel et l’émergence de nouveaux secteurs en facilitant la naissance et surtout la croissance des PME

-rendre certains grands groupes moins prisonniers d’actionnaires destructeurs de valeurs poussant les entreprises au suicide en réduisant recherche et innovation pour obtenir ans l’immédiat des marges excessives non durables

Par ailleurs, les anciens champions comme France-Télécom seront mis en demeure de ne plus confondre leurs intérêt et l’intérêt national et de ne pas abuser de leurs relations pour ralentir les initiatives innovantes susceptibles de les bousculer : les emplois de demain sont plus importants que ceux d’aujourd’hui.

Une simplification drastique des procédures de création d’entreprise, d’aide au développement, à l’innovation : moins de structures et de procédures.

Instauration d’un SBA européen dès que les obstacles sont levés et suppression de toutes les mesures écartant de facto les PME innovantes des marchés publics.

Soutien aux réseaux d’entreprises petites et moyennes alliées constituant des écosystèmes industriels. Le travail en réseau facilité par Internet crée des synergies réduisant risques et investissements nécessaires pour une même croissance. Cela permet de revisiter les effets d’échelle.

Les fusions doivent être surveillées de près voire découragées, sauf exceptions. Elles échouent en majorité sur le plan économique faute de synergie réelle et de compatibilité des cultures. Elles coûtent généralement cher à la société.

 

Orientation vers le financement des entreprises de l’épargne publique en particulier des 1000 milliards des assurances-vie

  • pour modifier progressivement la structure du capital des entreprises et réduire l’influence des fonds de pension anglo-saxons
  • pour financer les projets innovants demandant des ressources importantes pendant des durées longues (10 ans pour un médicament nouveau et 800 millions)

Encouragement fiscal de l’actionnariat salarié et soutien aux coopératives ouvrières, aux entreprises de l’économie sociale à management participatif et à toutes les entreprises ayant un % important de leur capital dans les mains des employés.

 

c-Définition de choix industriels et technologiques clairs avec des objectifs prioritaires

Ils sont éclairés par les cellules de veille stratégique et d’évaluation des acteurs.

Ils sont entérinés par  le comité stratégique interministériel qui garantit la cohérence gouvernementale et administrative française.

4 Mesure de moyen long terme

a-Sélection des dirigeants

Proclamation du principe de choix selon les compétences et non les étiquettes, les diplômes obtenus des décennies auparavant :

  • Elimination de toutes les mesures assurant des chasses gardées dans la fonction publique à telle ou telle fonction : seule compte la compétence actuelle
  • Les « corps » ont des responsabilités, pas de privilège.
  • Réduction symbolique des consanguinités dans les cabinets ministériels

b- Formation des cadres

L’Ecole, dès le primaire doit diffuser

–       le discernement, l’esprit critique,

–       la pensée complexe, la compréhension des systèmes,

–       la solidarité, le partenariat, les jeux gagnant-gagnants valorisés par rapport aux concurrences actuelles, le bien public,

–       l’esprit d’initiative et d’expérimentation individuel et collectif,

–       le respect de l’autre, de ses différences,

–       la curiosité,

–       la prise de responsabilité et de risque,

–       l’anticipation,

–       une culture générale et une aptitude à la communication.

Tout ceci doit être enseigné par les programmes mais aussi par l’exemple de fonctionnement sociétal que donne une Ecole pluridisciplinaire, décloisonnées, où les enseignants et les autres personnels collaborent réellement.

Ceci implique

–       un renforcement du primaire et du secondaire, de la formation des maîtres, de l’encadrement, le lancement d’expérimentations sur une base d’autorisation et de protection des initiatives locales,

–       une révision de l’esprit et du contenu des enseignements des grandes écoles et des universités et de leurs structurations,

–       une autonomie réelle des établissements du supérieur

–       l’organisation de relations et d’échanges plus forts, dans les deux sens, entre Ecole et entreprises, PME y compris, dès le secondaire.

 

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A propos andreyvesportnoff

André-Yves Portnoff docteur ès sciences physiques, a été chimiste, chercheur en métallurgiste nucléaire au CEA avant de devenir journaliste à l’Usine nouvelle puis de diriger pendant dix ans Sciences & Technique, revue de prospective technologique. Co-auteur en 1983 du premier rapport français sur l’économie de l’immatériel (La Révolution de l’intelligence ) André-Yves Portnoff est consultant en innovation et conduite du changement, chercheur indépendant en partenariat avec le groupe de prospective Futuribles où il a développé un outil d’autodiagnostic des organisations basé sur les facteurs immatériels. Il enseigne notamment dans le MBA de la HEG de Fribours (Suisse). Avec Futuribles et Hervé Sérieyx (coauteur de Aux actes, citoyens ! Maxima éditeur) http://www.priceminister.com/nav/Livres/kw/andre%20yves%20portnoff Il mène actuellement une campagne pour la ré-industrialisation de la France et le retour de l’Europe à l’économie réelle. « Aux Actes Citoyens – de l’indignation à l’action » Ou comment transformer l’indignation pour qu’elle devienne constructive? Comment des initiatives innovantes peuvent transformer nos sociétés ? Soit, le pari de l’intelligence....des puces, des souris et des hommes Jean Michel Billaut: Connaissez-vous André-Yves Portnoff from Paris ? Aux actes citoyens : les e-pap http://www.dailymotion.com/video/xlmjrd_made-in-france-in-europe-andre-yves-portnoff-aux-actes-citoyens_news La Tribune: http://www.latribune.fr/opinions/20111109trib000662913/reindustrialiser-questions-de-confiance-.html L’Expansion : http://lexpansion.lexpress.fr/economie/les-grosses-entreprises-en-france-empechent-la-croissance-des-pme_264749.html En chanson : http://www.dailymotion.com/video/xjetbe_aux-actes-citoyens_news Commentez: http://fr-fr.facebook.com/pages/Aux-actes-citoyens-De-lindignation-à-laction/14815372191829 et http://www.facebook.com/profile.php?id=719057033&ref=tn_tnmn
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