22 ans après: « Mort compétitive ou innovation partagée »

Communication d’André-Yves Portnoff au Conseil Economique et Social, (Section du Travail), 12 avril 1995.

Il n’est que temps de relever mieux que nous le faisons le défi que je décrivais il y a 22 ans! A-Y P

Deux grandes tendances transforment le monde. La conjonction d’un progrès technique continu et d’une affirmation forte de l’individualisme expliquent l’avènement d’une économie de l’immatériel et d’une complexité en inflation constante.

Cette mutation confère une inefficacité croissante aux systèmes bureaucratiques et autoritaires qui deviennent de surcroît dangereux.

 

1- L’économie de l’immatériel.

Dans tous les domaines, le client achète la résolution de ses problèmes et non des solutions que la technique renouvèle fréquemment. Même les industries de production vendent désormais essentiellement du service à leurs clients : la qualité de l’écoute qui a permis de déceler ou de devancer leurs attentes exprimées ou latentes, la créativité nécessaire pour répondre à ces attentes. C’est la « servicialisation » de tous les secteurs. A fortiori, le tertiaire doit encore plus et mieux offrir des services. Et c’est encore de l’immatériel que l’intelligence créative mise en oeuvre pour produire les biens vendus.

Trois conséquences :

– les changements techniques interpellent les entreprises et les obligent à se poser la question, pour survivre, de la vraie nature de leur métier ( par exemple les banques face aux quasi-banques ).

– Le client achetant de la valeur ajoutée n’admet pas de payer la non-qualité du fournisseur c’est-à-dire tout ce qui dans son organisation ou ses pratiques ne produit pas de la valeur ajoutée. C’est l’intelligence des organisations, encore de l’immatériel, qui assure la compétitivité par la qualité et les prix.

– Le client veut toujours plus du sur-mesure. parce qu’ il a le choix, qu’il est mieux formé et informé, et que la montée de l’individualisme l’incite à vouloir exercer son libre arbitre et exprimer ses préférences personnelles.

2-L’inflation de complexité.

La montée continue de la complexité constitue essentiellement une conséquence du progrès technique. C’est lui qui est le responsable de la mondialisation (grâce aux transports et aux télécommunications ) d’où la mondialisation des marchés, donc des concurrences mais aussi des coopérations, des imbrications de capitaux, des interdépendances. financières, industrielles, technologiques, politiques, médiatiques, culturelles

Ces interdépendances constituent qu’on le veuille ou non une réalité physique au niveau des pollutions (Tchernobyl) et des fléaux modernes ( sida, terrorisme …) . Il nous faut gérer paradoxalement à la fois une guerre économique et des solidarités planétaires.

La complexité se retrouve au niveau :

– des réseaux de décision, dans l’entreprise ( notamment parce que le travail devient immatériel ) et en dehors d’elle (parce que les innovations impliquent des changements d’habitudes, d’organisations et des partenariats).

des connaissances et des métiers ( nécessité du travail en équipe, du partenariat entre entreprises ).

des conséquences de l’action humaine, servie par une technologie de plus en plus puissante mais aussi, par là même, de plus en plus dangereuse et difficile à évaluer car ses effets peuvent se manifester à grande distance et à très long terme. Aussi vivons-nous à la première époque où il est plus impérieux pour l’Humanité de mobiliser son intelligence critique pour déterminer comment exploiter sa puissance que de dépenser son intelligence pour produire encore plus de puissance grâce à la technologie.

Quand l’intelligence est bridée par un pouvoir bureaucratique, on arrive au mieux à de la non-qualité taylorienne et au pire à Tchernobyl. La liberté d’opinion, d’opinion et de critique ainsi que l’écoute des opinions non conformistes deviennent des conditions vitales pour éviter un suicide mondial.

 

La gestion des systèmes complexes nous confronte à l’imprévisibilité croissante de changements brusques, d’où l’obligation de développer la réactivité des organisations pour assurer leur pérennité.

Ceci se conjugue avec l’inflation des données à prendre en compte pour définir et appliquer une stratégie. Désormais, tout pouvoir central désireux de continuer à tout décider est vite saturé par les informations à traiter : il gère une situation de plus en plus décalée par rapport à la réalité. D’où la nécessité de décentraliser le pouvoir de décision selon le principe de la subsidiarité. Les états totalitaires qui, comme l’ex URSS, ne l’ont pas compris à temps tout comme les grandes entreprises capitalistes pyramidales ont payé cher leur attachement, sous des formes différentes, au centralisme bureaucratique.

 

3 – Un monde en changement constant.

Nous sommes habitués à des changements lents et à rechercher des situations stables. La continuité du progrès technique et la nature même des systèmes complexes nous imposent le changement. Mais la vie n’est que changement et se maintient grâce à une adaptation permanente: l’innovation correspond pour l’entreprise à ce processus d’adaptation aux variations de l’environnement, elle doit devenir une préoccupation permanente, partie intégrante et essentielle de la stratégie.

Il faut donc favoriser une culture de la maîtrise du changement et de l’innovation par sa politique d’embauche, son organisation ( droit à l’erreur, à la diversité…).

Cela veut dire aussi une culture assumant le moyen long terme, capable d’accepter de réduire les bénéfices immédiats pour assurer la pérennité de l’entreprise dans une vision prospective.

4 – Du travail à l’entreprise immatériels.

Après la mécanisation voilà que la programmation des machines permet de remplacer l’homme même dans des tâches délicates. Le travail devient essentiellement immatériel : l’homme assure la sécurité, la qualité, c’est à dire la maîtrise de la complexité, et le renouvellement des produits ou procédés par sa créativité. Or celle-ci ne se commande pas par la contrainte, à la différence du travail physique.

L’efficacité exige la liberté intellectuelle indispensable à la créativité et la réappropriation par chacun de son travail pour qu’il se sente acteur et auteur et accepte l’intrusion du temps professionnel dans le temps privé. En effet le travail immatériel ne respecte plus les limites spatio temporelles du temps et du lieu dits « de travail »; les bonnes idées naissent quand et où elles veulent : nos lois et nos instruments de mesure sont de plus en plus faux, on peut compter les heures de présence mais ceci n’a que des rapports de plus en plus fictifs avec l’essentiel de l’activité professionnelle, celle qui produit de la valeur ajoutée.

Ces constatations vident d’une partie de leurs significations les discours sur le partage du temps de travail mais aussi les raisonnements de bien des économistes classiques qui évaluent le travail, voire même l’apport de la technologie, en nombre d’heures. Demain le travail comportera pour la majorité de la population trois composantes : du temps de rencontre avec les autres membres de l’entreprise ou les clients, du temps d’échanges télématiques sans astreinte de lieu (à partir du domicile, de chez un client, de n’importe quel autre lieu fixe ou mobile), du temps de réflexion, documentation, créativité personnelle, dont la valeur ne se mesurera pas en heures mais en résultats.

Autre paradoxe à gérer, la complexité des tâches impose le travail en équipe qui doit donc être accepté par des individus se sentant néanmoins auteurs personnellement de leur travail. Ce n’est possible que grâce à une cohérence dans l’entreprise qui implique une vision stratégique partagée et la compréhension des solidarités que créent les interdépendances entre hommes, équipes, services de la société.

Le corollaire est une information dynamique qui permette à chacun de comprendre les conséquences de ses actes personnels sur l’évolution de l’ensemble et d’évaluer sa contribution à la stratégie de l’organisation. Or dans la plupart des entreprises françaises les cloisonnements demeurent des obstacles majeurs à la circulation de l’information que chaque niveau de pouvoir essaye de séquestrer à son profit. C’est absurde car dans l’économie de l’immatérielle l’information, les idées, ne se valorisent que par le partage et se stérilisent dans le cas contraire.

5 – La finalité de l’entreprise n’est pas qu’économique

Cette nécessaire cohérence, autour de quel dessein peut-on la construire? Pour que des femmes et des hommes acceptent la confusion croissante entre temps professionnel et temps de vie privée il faut non seulement qu’ils s’approprient leur travail mais encore qu’ils aient l’impression de réaliser une oeuvre qui leur apporte une satisfaction personnelle, le sentiment de réaliser quelque chose qui vaille d’être vécu. Ce n’est pas avec de l’argent que l’on paye du temps de vie en dehors des périodes de pénurie extrême.

Il faut donc que la finalité de l’entreprise soit d’ordre éthique.

Cela n’évacue pas la nécessité du profit, celui-ci demeure aussi indispensable à l’entreprise que l’est pour nous la respiration, mais qui vit pour respirer? Ne confondons pas nécessité et finalité!

Tout ceci implique que l’ entreprise soit considérée comme un ensemble d’êtres humains vivant et travaillant ensemble, créant des richesses grâce à leurs compétences individuelles et collectives. Or le modèle dominant outre-Atlantique est tout autre : l’entreprise est réduite à un placement financier qui doit rapporter le plus de profit possible à court terme, aussi peut-on l’acheter dans la violence (OPA hostiles), la vendre par morceau, licencier et sacrifier des investissements pourtant nécessaires pour assurer sa pérennité. C’est l’état d’esprit que risquent d’apporter en France l’arrivée des fonds de retraites américains.

Dans l’autre optique, l’entreprise est un organisme vivant qui possède trois co-auteurs : les détenteurs du capital financier, les clients et le personnel, dont la motivation conditionne l’efficacité. Le capital efficace de l’entreprise englobe les finances mais aussi les talents, la volonté, la créativité des hommes et l’aptitude de l’organisation à maintenir une synergie positive entre toutes ces capacités individuelles pour produire grâce à ces compétences des biens marchands.

Dans ces conditions, la recherche, la formation apparaissent comme des investissement indispensables. La compétence est faite de la capacité à identifier les vrais problèmes, à déterminer quels sont les métiers nécessaires pour les résoudre, et à les réunir en faisant appel soit à ses compétences propres, soit en se formant ou encore en s’alliant à des partenaires complémentaire.

L’école, malheureusement ne nous enseigne ni à collaborer, ni à élucider quel est le problème au lieu de nous précipiter à plaquer des solutions sans doute brillante mais peut-être inadaptées.

On ne nous enseigne pas plus, et nous le payons cher, à voir globalement les situations, à percevoir les interactions d’un système ; or tout ceci est indispensable pour comprendre les problèmes complexes que nous avons le plus souvent à résoudre et qui échappent à la méthode cartésienne de découpage des problèmes en parties que l’on résout séparément en négligeant leurs interactions.

La pensée complexe est justement aussi l’école de la solidarité et un élément de consolidation de la cohérence stratégique de l’entreprise et de toute organisation humaine car elle permet aux individus de comprendre que leur succès personnel est lié au bon travail d’autres opérateurs dont l’apport est complémentaire du sien.

6 – La stratégie ne se décrète plus dans la solitude des sommets

Tout ceci est en partie compris depuis quinze ans : on sait qu’il faut chasser la non-qualité, libérer l’initiative de la base, améliorer processus et procédures en les remettant en cause. La qualité totale et l’analyse de la valeur constituent des moyens efficaces sous certaines conditions.

Il y a dix ans nous avons écrit qu’il fallait aller plus loin, jusqu’à une « re-création » permanente de l’entreprise. Depuis 1990, des Américains préconisent le reengineering, ce qui peut sembler identique.

Le reengineering a le mérite d’insister sur la nécessité d’exploiter la technologie et notamment l’informatique ( « n’automatisez pas le passé, supprimez-le » ) . En revanche, ses inventeurs ont le tort de préconiser un changement « imposé nécessairement par le haut » . Ils n’ont pas compris ou pas voulu comprendre que le changement d’un systèmes complexe ne se décrète pas et ne s’obtient que par l’adhésion active de tous les acteurs. Ce qui n’est pas facile! Mais la cohérence stratégique implique la participation active de tous. D’où une majorité d’échecs dans les opérations de reengineering strict.

7 La spirale mortelle du déclin compétitif.

Beaucoup d’entreprises occidentales et notamment de grands groupes, sous l’influence notamment de la mode du reenginering, mènent une politique de gribouille, persuadées qu’elles sont de rationaliser leurs structures parce qu’elles licencient à tour de bras.

Les dirigeants de ces entreprises n’ont pas su anticiper des mutations techniques, le déclin de leurs marchés traditionnels, l’arrivée de nouveaux compétiteurs, la concurrence de produits ou de services innovants, les transformations de leurs métiers. Ils découvrent brusquement les conséquences de leur imprévoyance sans avoir compris la nature et l’origine du mal dont sont atteintes les entreprises qu’ils dirigent.

Ils réagissent comme les médecins confrontés à une épidémie dont la cause est encore inconnue : ils parent au plus pressé, s’attaquant aux symptômes de la crise et non à ses causes. Les hommes politiques très souvent n’agissent pas autrement sous nos yeux depuis 20 ans, s’évertuant de répondre à la montée du chômage par des mesures « visibles », gérant les indicateurs et l’opinion publique les yeux braqués sur la prochaine échéance électorale.

Tout ceci est désastreux car on ne conjure pas par des mesures de court terme les conséquences d’une mutation profonde engagée depuis plusieures décennies, l’émergence de la Société de l’immatérielle. En continuant à nous agiter avec nos vieilles recettes dépassées, nous ne faisons qu’aggraver la crise et la gangrène qui ronge notre société.

Au niveau de l’entreprise la gestion du court terme par défaut d’anticipation ne se révéle pas moins désastreuse. On examine les indicateurs financiers et on optimise c’est-à-dire on élimine tout ce qui n’empêche pas de continuer à avancer dans l’immédiat. Malheureusement, comme le faisait déjà observer il y a dix ans Octave Gélinier1 « un élagage purement externe et financier » confond tous les bourgeons porteurs d’activités rémunératrices futures avec des bois morts qu’il faut couper parce qu’ils constituent des postes de dépenses à enjeux (encore) non chiffrables. Alors on adopte un management « clean and lean », on allége en licenciant, en supprimant tout personnel apparemment redondant.

Ces « dégraissages » sont en apparence efficaces ; ils fournissent des gains locaux de productivité à court terme. Pourquoi sont-ils catastrophiques?

Parce que l’entreprise « rationnalisée » a perdu sans s’en rendre compte un savoir, un savoir faire considérables qui est parti avec le personnel licencié ou incité au départ. Le capital immatériel de la société est appauvri par cette hémorragie et aussi parce que le personnel restant est beaucoup moins efficace.

En effet les traumatismes causés par le choix des partants et renforcés par les discours alarmistes de la direction justifiant les mesures prises ont pour effet inévitable de démobiliser les gens et de dégrader les collaborations entre personnes, services, départements, filiales, comme l’observait récemment Serge Feneuille, Directeur Général adjoint de Ciments Lafarge2 .: à tous les niveaux s’instaure ou se renforce une culture du court terme et du chacun pour soi. L’ optimisation globale de l’entreprise basée sur la cohérence des efforts particuliers devient secondaire tandis que se multiplient les microstratégies locales d’acteurs désabusés essayant de tirer leur épingle personnelle du jeu par une optimisation au niveau de leur petit fief.

La situation ainsi crée a soulagé dirigeants et actionnaires rassurés par l’amélioration des indicateurs économiques, la remontée de la productivité, le retour des profits, mais bien vite l’embellie apparaît passagère, l’entreprise a perdu la réactivité et la créativité indispensables pour répondre aux attaques, saisir les opportunités, construire son avenir. Quelques déboires font reprendre conscience de la fragilité de la situation, on s’affole, on change de cabinet de conseil et on se lance dans une nouvelle rationalisation, on serre à nouveau les boulons, on licencie, on s’allége, on continue à s’enfoncer dans la spirale diabolique du déclin compétitif…et on proteste contre les charges qui pèsent sur l’entreprise.

A partir d’un certain point, il est clair que l’exclusion par le chômage entraîne des charges de plus en plus lourdes pour l’ensemble de l’économie et toutes les entreprises les payent ; soit directement sous la forme de taxes, soit indirectement en manque à gagner car le marché interne est alourdi par le fléchissement des achats des chômeurs, de leurs proches et des actifs pessimistes de moins en moins certains de la pérennité de leur travail et de leurs ressources.

Alors, les licenciements sont-ils une solution miracle ou l’externalisation temporaire de surcoûts engendrés en partie par des défaillances stratégiques?

8- Oser entrer dans la spirale vertueuse de l’expansion innovatrice

La compétitivité exige la mobilisation du personnel. Celle-ci n’est évidement pas compatible avec des licenciements constants. La solution de cette contradiction passe par une stratégie audacieuse d’anticipation et de création de nouveaux marchés par une innovation constante.

Le progrès technique a trois conséquences principales qui concernent le chômage et l’emploi au sens large.

D’une part la technique et la maîtrise industrielle de celle-ci3 réduisent les quantités de matière, d’énergie, de ressources écologiques4, de temps et de travail indispensables pour produire les mêmes services.

Si le marché et les débouchés demeurent inchangés, cet accroissement d’efficacité détruit progressivement des emplois directs et indirects dans l’entreprise productrice et chez ses fournisseurs en ressources diverses (demi-produits, composants, matières premières…).

Donc le progrès technique détruit l’emploi si on ne l’exploite que pour accroître la productivité des activités d’hier. Mais cet effet négatif sur le développement économique et social est plus ou moins contrebalancé par un autre effet : si les réductions des coûts sont répercutées sur les prix de vente, le progrès technique génère constamment un surcroît de pouvoir d’achat qui stimule l’économie, élargie les marchés et maintient ou crée des postes de travail pour les hommes.

La technique a été un ressort essentiel de notre expansion. Elle a fait progresser les niveaux de vie plus vite que ne l’auraient permis les seuls salaires car on peut acheter plus de services avec la même valeur monétaire. Mais il y a un moment où le marché se sature, quand tous les foyers sont équipés d’au moins un téléviseur, un réfrigérateur, une voiture…On passe à des marchés de renouvellement ou de complément, et le rythme d’achats change. Si on reste prisonnier de ces marchés vieillissants, les innovations de procédés accentuent encore la destruction d’activités. On ne peut s’en sortir qu’en inventant de nouveaux marchés par une innovation qui renouvelle l’offre de produits ou de services.

Il est clair que les industries modernes ont donné finalement beaucoup plus de travail aux hommes qu’elles n’ont initialement provoqué de chômage! Tout l’audiovisuel, l’électronique grand public, n’existent que parce que l’on a exploité le progrès technique pas seulement pour produire mieux mais pour produire autre chose.

Qui oserait prétendre que le magnétoscope et le CD n’assurent pas beaucoup plus d’emplois que le tourne-disque n’en a détruit au début du siècle chez les fabricants de pianos? Pourtant il y a eu un moment où des observateurs ont pu avoir un sentiment contraire, car en 1909 la production des usines américaines de pianos dépassait encore avec 364000 unités par an celles des usines de phonographes (345000)5.

Nous subissons à présent des illusions d’optique du même ordre qu’aux derniers beaux jours de la production en masse des pianos. La question aujourd’hui, c’est comment innover quand on fabrique, par exemple, des voitures

La réponse, c’est qu’en tout cas il faut innover si l’on veut reconquérir un avenir, et qu’on ne peut le faire qu’en respectant à la fois la technologie, et l’homme! Une logique spéculative, court-termiste, obsédée par les rationalités financières apparentes, nous a trop caché que la pérennité des entreprises et le bien public dépendent de la mobilisation de l’intelligence des acteurs, citoyens-consommateurs-travailleurs, donc par une liberté assumée par les hommes et non réservée au seul argent.

André-Yves Portnoff

Directeur de l’Observatoire de la Révolution de l’Intelligence à Futuribles International

Paris , 12 avril- 22 mai 1995.

1 Octave Gélinier, le chômage vaincu…si nous le voulons, éditions Hommes et Techniques, nov 1985 et Technologie contre chômage, Sciences & Techniques N°21, déc 1985.

2 Colloque Euroforum, 30 mars 1995.

3 Notons que ce qui compte sur le plan économique n’est pas de disposer de belles solutions techniques mais d’être capables de s’en servir dans des conditions industrielles, c’est à dire à des niveaux de fiabilité, de reproductibilité, de qualité compatibles avec l’économie et les attentes du marché.

4 Il a fallu attendre le premier choc pétrolier pour que l’on commence à prendre conscience qu’on peut faire plus avec moins de ressources en travaillant plus intelligemment, alors que jusqu’alors on confondait le thermomètre et la fièvre et l’on était persuadé qu’il suffisait de consommer par exemple plus de pétrole pour que l’économie et le niveau de vie progressent.

5 Une histoire de la communication moderne, Patrice Flichy. La Découverte, 1991.

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Musée Costi à Bergerac: occulté pour cause de guerre picrocholine!

Notre noyer, à Monbazillac, est mort. En avait-il assez  de se souvenir d’une belle histoire commencée à l’ombre de ses vastes branchages et encore non aboutie, 18 ans après, à cause des querelles mesquines des hommes (politiques)?

C’est là qu’en 1999, notre ami Costi, à 93 ans, dernier élève encore vivant de Bourdelle, fit part à ma femme Arlette, sa biographe, de son intention : « je vais faire une donation de mes oeuvres. A un musée grec, ce qui aurait comblé sa famille restée au pays, ou à Venise? » Arlette lui suggéra une donation plutôt à la ville de Bergerac qu’il apercevait  en cet instant au bas de la vallée, à ses pieds, et on nous avions passé ensemble tant d’agréables moments. Costi acquiesça et Arlette prit les contacts nécessaires avec la mairie de Bergerac. La donation fut acceptée à l’unanimité par le conseil municipal, le député maire, Daniel Garrigue remit en 2001 une médaille à l’artiste et le 21 juin 2001, le musée Costi était inauguré avec pompe. Costi avait chargé Arlette de le représenter et de lire son très

beau discours. https://ayportnoff.wordpress.com/2012/08/30/costi-a-bergerac-un-musee-invisible-meme-plus-virtuel/

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Costi mourrait à 98 ans le 3 mars 2004. Il fut, contrairement à ses voeux, incinéré et Arlette obtint de son fils l’urne funéraire que nous avons ramenée à Bergerac et qui se trouve insérée dans le mur du presbytère devenu Musée Costi.

Jusque-là une belle histoire. Hélas, la condition express mise par Costi à la donation, « création d’un musée permanent », fut vite violée. Le successeur de Daniel Garrigue à la mairie, Dominique Rousseau, prit tout-de-suite en grippe le musée créé par son prédécesseur et adversaire politique, supprima le beau site Web du musée qui avait le tort de mentionner le rôle de Daniel Garrigue, de son adjoint à la culture J-C Gauthier et notre propre rôle. Pire, le musée n’ouvrit ses portes au public qu’au plus deux mois par an, en juillet et août. Et, une année, pas même le jour du patrimoine! Nous avons, en vain, tenté de prendre contact avec le nouveau maire, pour lui expliquer qu’au-delà de ces guerres picrocholines, qui exaspérent les citoyens, il convenait d’assurer la continuité de l’Etat et qu’un musée, bien valorisé, était non pas un « centre de coût » mais un atout précieux pour développer l’attractivité d’une ville et renforcer sa vie culturelle. Puis, nouvelle mésaventure, le fils de Costi attaqua la ville de Bergerac, affirmant ne pas avoir obtenu la quote-part d’héritage. Au lieu de nous consulter, puisque nous étions détenteurs des droits moraux de Costi, le maire céda et laissa le fils partir avec deux des statues que son père avait offertes, sous condition d’exposition, à la Ville de Bergerac. Une cession illégale que nous aurions pu éviter si l’on nous avait mis au courant. Situation que nous avons publiquement dénoncée http://www.dailymotion.com/video/xf4f9h

Depuis, les activités culturelles, et donc le musée, sont passés sous la responsabilité de la CAB, communauté de communes de Bergerac. Dominique Rousseau, président de la CAB, maintint la fermeture du musée 10 mois par an. Et une dizaine d’oeuvres de la donation, sculptures et dessins, n’ont jamais été exposées! Elles croupissent dans quelque caisse, peut-être au musée du Tabac. Et on ne sait dans quel état de conservation.

Depuis le début de 2017, D. Rousseau a perdu la présidence de la CAB. Son successeur et le maire de Bergerac vont-ils, enfin, respecter les engagements pris et assurer l’ouverture permanente de l’un des très rares musées de sculptures que possède France?

Publié dans attractivité territoriale, économie territoriale, culture, musées, politique locale, sculpture, tourisme | Laisser un commentaire

Politique: en mal de vision!

Dans Dirigeant (la revue du CJD), ce mois-ci:

 

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Relancer l’emploi ou laisser couler la République

Depuis des années, j’explique que si l’on ne se donne pas les moyens de relancer les créations d’emplois en protégeant la croissance des petites entreprises, on va accroître les souffrances dans nos pays, désespérer les plus fragiles, jeter dans les bras des néo-fascismes et des néostaliniens des millions de malheureux. Je l’ai dit et écrit en 2012. C’est plus que jamais vrai. Il faut que les hommes politiques choisissent entre faire plaisir aux dirigeants des grands groupes en majorité destructeurs d’emplois en Europe, aux affairistes financiers court-termites, et sauver la Démocratie en s’occupant réellement du Bien commun.

Emmanuel Macron va sans doute devenir le Président de la France. S’il ne se donne pas les moyens de gagner la bataille de l’emploi en appliquant les cinq recommandations nécessaires quoique non suffisantes, certes – que j’ai décrites dans le Monde du 8 avril (article reproduit ci-dessous), son successeur à l’Elysée sera un héritier de Pétain ou Staline.

Article sélectionné dans La Matinale du 07/04/2017

« Sauvons les Zuckerberg français ! »

Le tissu économique français souffre, encore et toujours, de la préférence pour les grandes entreprises, dont le modèle organisationnel est pourtant clairement un échec, estime dans une tribune au « Monde » le prospectiviste André-Yves Portnoff.

LE MONDE ECONOMIE | 07.04.2017 à 06h42 • Par André-Yves Portnoff (Conseiller scientifique de Futuribles international et professeur à la Haute école de gestion de Fribourg (HEG), Suisse)

TRIBUNE. Gagner la bataille de l’emploi est humainement, politiquement vital. Mais aucun candidat à la présidence n’assume encore trois faits majeurs.

Première évidence, la désindustrialisation de la France, destructrice de millions d’emplois et présentée comme une fatalité, résulte en réalité du choix d’élites qui croient l’industrie ringarde à l’ère des services.

Deuxième évidence, cessons d’entraver ceux qui créent l’emploi et de soutenir ceux qui le sapent. La croissance des PME génère l’emploi, les grands groupes le détruisent. L’Europe ne crée quasiment plus de leaders mondiaux, les PME innovantes ne réussissant pas, sauf en Allemagne, à dépasser les 500 salariés sans se faire absorber ou « tuer ».

Après les Mozart, ce sont les Zuckerberg français qu’on assassine. Jamais autant de nos PME n’ont été rachetées par des concurrents américains ou asiatiques. Autant de cadeaux financés par nos impôts. Malgré ces faits (mé)connus, nos gouvernements successifs offrent près de 75 % des aides publiques en recherche et développement (R&D) et innovation à « un petit nombre de grands groupes non représentatifs du potentiel français », lit-on déjà dans un rapport ministériel de juillet…1987.

Nos politiques ne peuvent rester aveugles

Troisième évidence, pour une économie compétitive, il faut assainir nos grandes organisations publiques et privées. Leur structure en silos cache aux directions la réalité complexe des problèmes, bloque les coopérations, dégrade l’intelligence collective. Un management taylorien stresse les acteurs opérationnels, dissuade les talents, gâche l’expérience de terrain. En pressurant les soustraitants, on réduit résilience et créativité.

Tout cela empêche de bien exploiter le numérique. On réclame des aides pour que notre industrie comble son déficit en robots, comme il y a trente ans on excusait notre défaut de productivité en affirmant que Toyota utilisait beaucoup plus de robots que ses concurrents. L’expert en management Hervé Sérieyx révéla au contraire que non seulement Toyota avait moins de robots, mais ne transformait pas ses salariés en robots. Toyota s’est hissé au premier rang mondial en inventant le toyotisme, qui valorise le talent de chacun.

Par appât du gain immédiat, on a préféré en Occident la « taylorique », c’est-à-dire le taylorisme plus la productique. Pourtant, pléthore d’études prouvent que c’est la financiarisation et la formation des élites qui, en induisant un management par la méfiance et le mépris, dégradent la compétitivité en Occident. Nos politiques ne peuvent plus rester aveugles.

Cinq mesures urgentes

Voici donc cinq propositions de mesures pour un programme présidentiel qui tiendrait compte de ces évidences.

La première mesure ne coûterait rien au contribuable et aurait un effet rapide sur la croissance : sur le modèle du « Small Business Act » (SBA) américain de 1953, Etat et régions réserveraient un cinquième des marchés publics aux PME et ETI indépendantes. L’idée a été proposée par François Bayrou en 2007, reprise par le candidat Nicolas Sarkozy, mais vite abandonnée, car bloquée à Bruxelles par les bureaucrates, les néolibéraux et les lobbies. Un SBA reste possible et nécessaire en France. Le corollaire serait que l’Etat devienne exemplaire comme donneur d’ordre en simplifiant drastiquement les procédures d’accès aux marchés publics.

La deuxième mesure réorienterait vers les PME et les ETI les aides à la recherche et l’innovation, particulièrement le crédit impôt recherche (CIR) qui, au départ, encourageait l’accroissement des efforts des PME. Sa modification en 2008 par le gouvernement de François Fillon a offert 1,4 milliard d’euros supplémentaires aux grosses entreprises. François Hollande, candidat, a qualifié cela d’effet d’aubaine et a promis d’y remédier. Devenu président, il y a renoncé. En résistant aux chantages et en recentrant le CIR sur son objectif initial, l’Etat récupérerait des recettes pour aider les PME.

Un troisième ensemble de mesures soutiendrait le développement des entreprises visant le long terme, notamment familiales, coopératives ou à racines fortes dans le territoire, et privilégiant la coopération loyale et durable avec leurs parties prenantes – salariés, sous-traitants, territoires, concurrents. Elles sont plus résilientes et créent plus de valeur pour l’ensemble des parties prenantes. Le corollaire serait d’exclure de toute aide les grandes entreprises qui abusent de leur position pour agir de façon contre-productive envers leurs fournisseurs et leurs salariés.

Les organisations ne se réforment pas par décret

La quatrième mesure concernerait le secteur public. La compétitivité dépendant, on l’a dit, de la qualité des relations internes et externes avec les parties prenantes, que l’Etat, premier employeur du pays, donne l’exemple ! Un management par le sens redynamiserait les personnels.

Le problème n’est pas de réduire le nombre de fonctionnaires, mais de leur permettre de produire ensemble plus de valeur pour le bien commun. Le corollaire serait que l’Etat place à la tête des établissements publics des personnalités choisies pour leurs aptitudes à écouter et mobiliser, au lieu de caser les anciens membres des cabinets ministériels.

La cinquième mesure concerne la méthode de la réforme. Les organisations, pas plus que la société, ne se réforment par décret. Agissons au niveau des pratiques quotidiennes. Généralisons une méthode de créativité éprouvée, l’analyse de la valeur. Elle contraint à la transparence des objectifs qui doivent être spécifiés, elle soumet les solutions pour les atteindre à une libre critique des fonctions concernées, en amont et en aval.

D’où moins de buts inavoués, plus de créativité, de spectaculaires économies, une qualité de service améliorée. Cette généralisation permettrait une vraie simplification administrative. Un manifeste de 800 experts et entrepreneurs (http://chn.ge/1jHeYnH) l’avait en vain réclamé en 2014. L’année précédente, le président Obama l’avait imposée à son administration. Mais là-bas, le président lui-même savait ce qu’était le « value management ». Ce n’est pas encore le cas en France !

 

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François Dupuy: un énorme pas en arrière!

« Un énorme pas en arrière » ainsi le sociologue François Dupuy qualifie-t-il le retour de la bureaucratie dans les grandes entreprises. Passionnant, le déjeuner organisé aujourd’hui par Rumeur publique autour de Sylvain Cazard, DG France de VMWare leader de la virtualisation informatique, de Mado Bourgoin, DT de VMWare, d’Audrey-Laure Begrenthal, créatrice de la start-up EUVEKA qui bouleverse le travail de la mode et du textile avec un mannequin robotisé et équipé de capteurs. Mais je parlerai ici aujourd’hui surtout de ce que nous a apporté le témoignage de François Dupuy qui a évoqué aussi notre maître disparu Michel Crozier. Car les problèmes demeurent, ce sont à chaque mutation technique des problèmes essentiellement organisationnels et humains, du ressort du sociologue. Parfois aussi des soins psychiatriques en clinique, hélas.
François Dupuy constate que beaucoup d’entreprises font de l’Internet des objets sans le comprendre complètement, sans s’en rendre bien compte parfois et sans avoir assez anticipé. Il estime que toute mutation technique exige de l’anticipation stratégique et organisationnelle.

Stratégique parce que le recueil et la gestion des données si elles sont exploitées par un nouvel acteur peut transformer le propriétaire d’un réseau ou le fabricant d’une machine en faire-valoir. François Dupuy a donné sans nommer l’entreprise un exemple que l’on ne peut divulguer, mais j’ai cité General Electric qui devient un gestionnaire pendant tout le cycle de vie des moteurs et équipements qu’il produit et garni de capteurs.

Anticipation organisationnelle parce que le numérique ne peut être pleinement valorisé que si l’on échappe à une organisation pire que taylorienne, cloisonnée en silos. Les gens sont isolés dans ces silos et travaillent non pas ensemble mais de façon séquentielle. La question centrale, martèle François Dupuy, est d’introduire de la coopération, pas de la coordination hiérarchique. Contrairement à ce qu’on raconte dans les Business School, la coopération, c’est difficile à mettre en pratique!
Beaucoup de ces points sont évoqués dans mon article Comment produirons-nous demain ? Futuribles, novembre 2015, et dans Sept défis pour les entreprises et le travail , Futuribles novembre 2016.

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La valeur de la pointe molle…

Longtemps, j’ai utilisé un smartphone Samsung Galaxy Note 2, équipé d’un stylet incorporé. J’ai perdu le stylet, puis j’ai dû changer de téléphone, ayant en confiance imprudemment accepté une mise à jour qui a bloqué le Note 2. Obsolescence programmée par les grands constructeurs…jusqu’à une réaction assez forte des consommateurs.

Mon nouveau Galaxy A5 n’ayant pas de stylet, j’ai voulu en acheter un. Mais pas à n’importe quel prix. Un magasin de la Défense m’a présenté un stylet Samsung à 39 euros. La Fnac[1] vend des Stylets Samsung à 60 euros environ et, comme intermédiaire, en propose aussi pour une trentaine d’euros.

Sur Amazon, on trouve des Samsung S-Pen Stylet pour Samsung Galaxy Note 3 à 12,90 euros[2] ou des B & D Stylus Stylet[3] au prix passé de 18 à 9 euros. Darty[4] vend un stylet Temium black à 9,9 euros et un stylet Microsoft à 64,99 euros, il est vrai équipé de Blutooth. Quant à Apple, pour une centaine d’euros, il offre un Apple Pencil adapté à son Ipad Pro…

Finalement, dans un bazar indien, j’ai dégoté un Bic Cristal Stylus à 1,9 euros… à la fois crayon à bille identique aux Bic cristal et, en plus, stylet ! Deux fonctions réunies. Ce que j’ai acheté, vous avez deviné. Depuis, j’ai découvert un Stylus Pentel, à la fois stylo à bille et stylet, à 3,3 euros. La papetière précise qu’il se vend bien, notamment parce qu’il n’est pas sous blister, à la différence du Bic : « Les clients aiment bien toucher et essayer » a-t-elle expliqué. Sur Amazon, on trouve le Stylus Bic à 5,50 euros les 3 et le Stylus de Pentel pour 21,90 euros le lot de 12[5] .

Que peut-on en conclure ? Que les grandes marques essayent de vendre moins qu’une fonction, leur griffe au prix fort. Dans sa gamme Note, Samsung exploite la complémentarité avec le téléphone comme les constructeurs automobiles imposent des prix très élevés à leurs pièces détachées. Des acteurs extérieurs (pour le moment) au monde informatique offrent deux fonctions, l’écriture à encre et celle digitale, à des prix dramatiquement plus bas. Bic s’est (provisoirement ?) retiré, n’ayant pas réussi à toucher le client. A-t-il suffisamment mis en évidence la fonction digitale pas visible pour un acheteur pressé, tellement le stylet Bic ressemble à une pointe Bic classique ? J’en doute. Les circuits de la grande distribution n’y ont pas vu leur intérêt. Pentel lui persévère, apparemment avec succès. Pour le consommateur, il est évident que les solutions de Bic, Pentel et, sans doute, d’autres fabricants de crayons à bille, feutre et, pourquoi pas, à mine -une idée gratuite pour ces derniers- apportent plus de valeur que les stylets purement digitaux à un prix bien plus raisonnable. A eux de trouver les bonnes formules pour en faire un vecteur de pénétration du marché de l’équipement informatique. Encore faut-il qu’ils fassent un effort suffisant de communication pédagogique. Les spécialistes de l’analyse de la valeur parlent souvent de la valeur créée pour le client. Or, la seule valeur qui compte est celle perçue par le client. Les fabricants de stylets-crayons devraient aussi examiner les possibilités d’en faire des produits d’appel pour vendre d’autres articles ou des ensembles cohérents de produits complémentaires. Qu’ils méditent sur le théorème des blinis : pour mieux vendre en France des bouteilles de Vodka, on peut les placer au rayon poissonnerie à côté d’un ensemble de blinis, crème fraîche, saumon et/ou œufs de poisson, voire de CD de musique folklorique russe. Le client achètera le projet d’un souper slave et chaque article sera bien plus attractif à côté des autres qu’isolé dans son rayon à lui….

André-Yves Portnoff

relu et corrigé par Arlette Portnoff…9k fourniture-scolaire-stylo-et-stylet-bic-cristal-stylus-jpgmaxh405maxw5409k

26 février 2017

[1]http://recherche.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=samsung+stylet&sft=1&sa=0

[2] https://www.amazon.fr/Samsung-S-Pen-Stylet-pour-Galaxy/dp/B00FAD74KQ/ref=sr_1_3?s=computers&ie=UTF8&qid=1488137748&sr=1-3&keywords=stylet+samsung

[3] https://www.amazon.fr/Tactile-Capacitif-Embouts-Rechange-Tablette/dp/B00CPQJFFS/ref=sr_1_4?s=computers&ie=UTF8&qid=1488137531&sr=1-4&keywords=stylet+samsung

[4]http://www.darty.com/nav/achat/informatique/accessoire_tablette/autres_accessoires_pour_tablette/temium_style_a_stylus_black.html

[5] https://www.amazon.fr/Pentel-Stylo-bille-stylet-Stylus/dp/B01AP8NSG4

 

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Rembrandt intime

L’exposition Rembrandt intime au Jacquemart-André (http://musee-jacquemart-andre.com/sites/default/files/dp_rembrandt_v3_bd_002.pdf ) a été une bonne occasion de revoir l’oeuvre de celui que mon père, l’impressioniste russe Michel Portnoff, considérait comme le plus grand peintre. La finesse de son dessin, ses gravures et ses peintures, par exemple son « Repas des pèlerins d’Emmaüs » (1629) est tout à fait extraordinaire. Comment réussissait-il à travailler avec une telle précision que nous devons regarder de près et avec de bons yeux pour l’apprécier! Il s’agit souvent de petites oeuvres, les « pèlerins » ne mesurent que 37,4 x 42,3 cm. Quel contraste entre le travail d’un Rembrandt (1606-1669) et le n’importe quoi de tant de nos prétendus artistes! Quelle maîtrise aussi dans le traitement des drapés, des étoffes, que Rembrandt, consciencieux, décrit avec une minutieuse précision mais, en très grand maître, il ne laisse pas cette précision rendre sec le rendu, à la différence de tant d’artistes qui souvent confiaient un travail jugé rébarbatif à leurs aides. Sous le pinceau de Rembrandt, les étoffes vivent, nous font sentir leur toucher et la lumière qui glissent sur elles.

Le plus émouvant de l’exposition, ce sont les oeuvres de la maturité, comme le « Portrait du docteur Arnold Tholinx » ( 1656 ), le portrait de son charmant fils « Titus lisant » (Vers 1656 – 1658) ou celui de sa dernière compagne, Hendrickje Stoffels. Dans ces tableaux d’une très grande liberté de touche, l’artiste peint la vie et démontre la vanité des classifications. Classique, impressioniste? Rembrandt est simplement un artiste exceptionnel qui transmet à qui prend la peine d elle regarder son émotion, au delà des siècles. C’est tout simplement cela, l’Art.

Une remarque: le musée, comme dans la plupart des expositions temporaires, interdisait la photo. C’est anachronique. Photographier, aujourd’hui, à l’ère du numérique, c’est prendre des notes. Cela permet de mémoriser et partager tel détail révélateur. Car il faut à la fois regarder l’ensemble d’un tableau et scruter ses détails, pour suivre la touche, la main de l’artiste. Comme pour comprendre tout système complexe…

 

 

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